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En juin 1995, un an après le génocide perpetré contre les tutsi, je retournais au Rwanda pour retrouver les survivants de ma famille et procéder à l’enterrement des dépouilles de certains membres de ma famille. C’est dans ce contexte d’horreur que j’ai incité un petit nombre de veuves à créer avec moi une association que nous avons nommée «Subira Useke : Retrouve le Sourire» dénomination qui s’est imposée lorsqu’une veuve nous a dit, après un récit insoutenable : «pensez-vous que nous pourrons rire à nouveau, qu’un jour nous pourrons redevenir des humains» ?
Créer les liens détruits par le génocide
Un génocide cherche toujours à détruire un peuple et sa descendance, à anéantir toute possibilité de transmission: il s'attaque à l'humain, à sa mémoire, à sa culture. Au Rwanda, la plupart des rescapés n’ont plus ou presque plus d’enfants, les enfants n’ont plus de parents, plus de tantes, plus de cousins plus d’oncles. Les tabous ont été transgressés, il suffit de voir la manière dont les gens ont été tués, la manière inhumaine dont les femmes ont été violentées… Aujourd’hui on rencontre au Rwanda les personnes qui ne vivront plus jamais les rituels qui rythment la vie, qui n’auront pas l’occasion de vivre une naissance, de marier leur fils ou leur fille, de visiter un parent malade, d’enterrer un des leurs, mort de vieillesse.
Des espaces de rencontres et d'échanges
L’association a appuyé et a soutenu directement les bénéficiaires en créant des espaces de rencontres et d’échanges afin de rompre leur isolement. Des activités créatrices telles que le batik, la réalisation de petits objets d’arts, mais aussi la création d’une troupe de danse, le théâtre, le chant et la poésie, permettent de reconstruire l’estime de soi et favorisent le savoir–faire et la transmission culturelle des plus âgés au plus jeunes dans un lien trans-générationnel.
Le centre est ainsi le lieu de tissage de liens nécessaires pour rompre l’isolement du rescapé. Les femmes s’y rencontrent deux fois par semaine pour réaliser des travaux de vannerie. En dehors du fait qu’il s’agit d’une activité génératrice de revenus pour elles, c'est aussi d’un moment de rencontre pour échanger. Elles partagent l’horreur, entendue par exemple dans les gacaca, ces tribunaux populaires, qui jugent, en public, les génocidaires. Elles se soutiennent lorsque le fardeau du génocide devient trop lourd à porter seul.
Redonner espoir et dignité, retrouver une place qui a été déniée et faire partie à nouveau de la communauté des vivants. Voilà le défi de notre association.